De L'autonomie, encore elle

  • Le 23/08/2026
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Chers Tous,

A l'aube de la guerre qui nous guette, évoquons encore cette résilience qui nous sera chère ! Ce n'est pas la première fois que je traite le sujet, et beaucoup d'entre vous sont déjà plus que compétents, mais pour ceux qui doivent encore faire leur chemin, ces différents éclairages pourront, je l'espère, leur apporter.

Ce qu'elle est ou ce qu'elle n'est pas, et du mythe de l'autonomie - non que ce soit une légende complète, mais qui en envoie tout de même quelques uns au tapis.

Je suis tombée par hasard sur cet article, intéressant au demeurant, et qui me semble bien définir la résilience : survivre en milieu difficile, y trouver un équilibre et une paix, un rythme et des habitudes, s'y trouver bien : La vie de Marcos Rodriguez le célèbre enfant-loup de la Sierra Morena

En voici un extrait : son père l'a confié, alors qu'il était encore enfant, à un berger contre de l'argent. Ce berger, chez qui il a commencé à vivre dans la Sierra Morena, est devenu son principal mentor pendant un temps et lui a appris à se repérer dans la montagne et à tirer le meilleur parti de ses ressources. Après la mort de cet homme, Marcos s'est retrouvé seul dans les montagnes. Rodríguez resta dans la Sierra Morena jusqu'en 1965.

Il dit y avoir été plus heureux qu'avec le genre humain.

Puis sautons dans la Survie à la Piero San Giorgio, chalet Suisse au coeur des montagnes - 5 millions d'euros d'investissement, bonheur assuré.

Nan Babette, tu déconnes ! Oups, revenons les pieds sur terre chez les victimes de Piero et du mythe de la BAD :

Si j'avais été méchante, j'aurais ri de bon coeur ! (Et ça aurait été très très vilain, on est d'accord).

Les mésaventures de ce couple devenu youtubers à défaut de résilients, sont un contre-modèle exact de la légende. De fait, et je vous laisse le soin de découvrir le contenu (et ça me semble vraiment intéressant), vous allez y repérer toutes les recettes du plantage absolu : nos 2 tourtereaux s'achètent un bout de terrain en friche avec un mobil home illégal. Sans doute pas très cher, mais il y a un plancher de frais fiscaux : la mésaventure commence là, d'autant plus qu'un mobil home n'est et ne sera jamais une cabane implantée : 6.500 pour une friche stérile sans eau, et un mobil home qui doit dégager illico. Mais des rêves plein la tête. Les rêves ne font pas jaillir les sources, ni ne transforment la terre. Ils vous content le reste du (coûteux) fiasco, puis l'issue, que je peux vous spoiler (ça n'ôte rien à l'intérêt du contenu) : ils créent une entreprise de maraîchage pour récupérer de quoi vivre. L'entreprise de maraîchage étant, à ce jour, parmi les secteurs d'activité les moins rentables de France. Le reste, c'est tout simplement les douloureuses expériences de Caliméro au pays de l'infortune.

C'est d'ailleurs aussi ce qui guette les élèves du très beau centre de formation de la ferme du Bec Hellouin : c'est beau à en mourir, la salle de formation est une pépite de rentabilité, et même le cheval de labour a des petites fleurs permaculturelles dessinées sur les poils : vous achetez un pauvre terrain au milieu de nulle part, un peu d'huile de coude, et hop. C'est oublier que la dite ferme a failli faire faillite avant d'être renflouée par des sponsors, et que ses patrons étaient des gens brillants qui ont vite compris comment changer de braquet, vu la rentabilité des légumes.

Donc prenez la formule suivante :

1 louche de Piero + 1 bon litre de Bec Hellouin + 400 grammes de survivalisme youtube + une grosse motte de beurre d'absence de fonds personnel = expérience physiquement et moralement douloureuse.

Ce n'est pas ça la résilience, c'est le modèle précédent : on part de ce qu'on a, et on apprend à vivre avec. Souvent grâce à un mentor, d'ailleurs c'est aussi la définition de la résilience selon Boris Cyrulnik (Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre, psychanalyste et écrivain français, rescapé de la Shoah, connu pour avoir popularisé le concept de « résilience », la capacité à se reconstruire après un traumatisme. Auteur d’ouvrages à succès comme « Un merveilleux malheur » ou « Les vilains petits canards », il mêle psychologie, éthologie et récit biographique, et s’engage pour la protection de la nature et l’éducation précoce).

  • Le modèle Piero se chiffre en millions, que l'intéressé a gagné en vendant des livres à succès (ce qui n'ôte rien à son concept d'ailleurs) basés sur notre peur de l'effondrement.
  • Le modèle Bec Hellouin se chiffre en millions que les intéressés rentabilisent en vendant des formations basées sur la permaculture et sur nos rêves de retour à un monde de beauté.
  • Le modèle Youtube est toujours proposé par des gens jeunes, ou marginaux, ou friqués, ou dans l'illégalité, parfois (souvent) 3 critères sur les 4.

La réalité se situe dans une étroite frange qui ne vous parlera pas d'elle, car elle aime passer sous les radars. L'histoire de l'enfant loup en est une, et personne ne va sans doute tenter l'expérience.

Il existe 3 formules de résilience :

1. Le modèle complet se rapprochant de l'autarcie (sans jamais l'atteindre, sinon échec et mat au premier problème de santé).

2. Le modèle adaptatif, hautement recommandable, qui consiste à améliorer l'existant par quelques mesures simples, tout en continuant sa vie.

3. Le modèle ponctuel, qui vous donne la possibilité de passer la crise grâce à des moyens non durables (ce modèle est loin d'être idiot).

1. Le modèle complet

Vous en avez envie ? Pourquoi pas, je vous donne la vraie recette d'aujourd'hui. Elle reste applicable et peut se décrire ainsi.

Une propriété autonome en eau, électricité, avec un potager suffisant pour x personnes, et un petit élevage, ainsi que la surface nécessaire à son exploitation. Dans cette propriété, vous développerez un solide atelier de bricolage, pour lequel vous disposez de compétences sérieuses, vous vous assurerez que votre source ne se tarisse pas, et prierez pour que la grêle ou les éléments ne démolissent pas votre installation de production d'énergie. Au cas où, vous disposerez d'un solide groupe électrogène et d'une réserve de carburant non moins solide. A défaut de quoi vous vous engagez à vous passer de jus, faire votre lessive à la main, et peut-être même ne plus faire votre lessive du tout. Enfin, pour les jours froids, vous disposerez d'au moins 2 sources d'énergie voire 3 pour assurer la température minimum à votre survie, sinon votre confort.

En théorie, ce modèle commence avec une cabane dans les bois, 100 m² de potager, 2 poules, et un poêle pour l'hiver. Mais la plupart des récits faisant état de ce modèle précis sont 1) Dans l'illégalité (sauf accord chez un propriétaire) 2) complétés par un RSA pour les clopes et la gourmandise, ainsi qu'une assurance sociale et mutuelle gratuite 3) difficiles à vivre dans le temps et avec le vieillissement. Certains ont perduré, mais pour le coup, leurs créateurs sont réellement résilients et savent se contenter de peu.

Le plan suivant, c'est l'achat d'un terrain reculé, sans électricité, voire sans eau, souvent avec un habitat plus ou moins abandonné, et la conception progressive d'un habitat permaculturel, mais aussi très économique, avec quelques panneaux photovoltaïques de récup, une batterie ou 2, et un géo trouvetout dans la famille, en mesure de bricoler l'accès à l'eau et l'aménagement de la dite maisonette. Là on a un achat de base, donc on ne risque pas de se faire virer par la préfecture, et les fonds nécessaires à la conception du modèle, avec un peu d'expérience, je pense à 10 à 20.000 euros pour le terrain vivable et sa maison abandonnée (mais légale) et sans doute autant pour les travaux nécessaires. Dont le matériel de bricolage. Avec quelques poules, quelques lapins potentiels, voire quelques moutons. Et du bois pour le chauffage. Ce type d'affaire reste possible, et on trouve facilement son rêve dans les reliefs intermédiaires, et les zones d'accès difficile. Pour le coup, l'aspect résilience est plus simple, mais la mise de fond est légèrement supérieure, et il y a une somme considérable de travail dans l'instant, mais aussi dans le temps. Souvent en couple, ou en famille, et les revenus restent présents, soit grâce au travail, soit grâce aux aides sociales. Il faut le dire : beaucoup d'appelés, peu d'élus 10 ans plus tard.

En plus nous ne sommes pas dans les gigantesques forêts Canadiennes, il est interdit de couper son bois n'importe où, et de chasser l'Elan à l'arbalete sans autorisation. Mais c'est un modèle viable, assez autonome, raisonnablement résilient, en mesure de passer les crises sans même les voir. La vie sociale est souvent réduite.

Le plan "Piero" propose la totale, avec vie sociale, voisins potentiels, et un peu de confort. Et là 2 options : vous partez d'un acquis, qui peut être dû à une succession, au fruit de votre labeur précédent, ou à un emprunt (et donc au maintien d'un travail pour le payer). Puis vous intallez progressivement, grâce, soit à du travail, soit à des sous, l'autonomie dans les secteurs clefs : chauffage, eau, énergie, alimentation, petits soins. Il restera à acquérir les compétences, ce qui vous coûtera peut-être une perte de temps, ou quelques formations (payantes, mais souvent regagnées en temps et en argent par la suite, les erreurs étant coûteuses). Ce modèle est sans doute le plus fiable et demandant le moins de souffrances, mais souvent aussi des années d'effort, avec au départ un capital (en France, il me semble que nous sommes au-dessus des 80.000 euros) en acquis ou à acquérir. C'est une version très réaliste. Mais beaucoup finissent par oublier de vivre au milieu de ce rêve d'autonomie. Le bonheur potentiel de demain ne doit donc pas dévorer le bonheur potentiel d'aujourd'hui.

Il reste le plan super pognon avec bunker et esclave. Mais ni vous ni moi ne sommes concernés. Quoique, un esclave pour me masser le dos et les pieds le soir après le boulot (humour)...

Dans tous les cas, pour le moment, un minimum de sous reste indispensable, sauf le plan de l'enfant-loup. Des sous avant, et des sous pendant.

Ce modèle est passionnant, je m'y consacre personnellement depuis une vingtaine d'années, estimant être à peine au point, et pas autonome sur tout, notamment sur plomberie et électricité. Mais capable de faire une dalle, monter un mur raisonnable et faire une petite maison raisonnable. Hélas, l'âge m'a donné un peu d'expérience, mais les forces ne vont pas exactement en augmentant, sans même évoquer les énergies de l'instant, qui nous clouent parfois au sol.

Un détail : l'autonomie en production de céréales, puis de farine, est exceptionnellement compliquée, sauf relations avec le monde agricole.

2. Le modèle adaptatif

Il consiste à continuer son existence, au point où elle en est, car il est de toute façon difficile d'en changer, voire non souhaitable, voire non souhaité par la famille.

La vie continue, mais on prend quelques mesures permettant de mieux vivre une crise de durée moyenne, soit quelques années, mais sans destruction complète du système (ceci dit, il nous serait difficile de tenir, quel que soit le modèle, en cas d'effondrement total : une rage de dent et hop...).

Idéalement hors de la ville, ou en banlieue, ou avec une adaptation (plus délicate) en ville :

  • Un potager de 40 m² par personne suffit à une autonomie en légumes (4 personnes, 160 m², dont sans doute 60 m² en pommes de terre).
  • Quelques poulettes pour les oeufs et les protéines animales.
  • Quelques stocks de matières indispensables, pharmacie, farine, riz, lentilles, etc. Les stocks de légumineuses (lentilles, pois-chiches, haricots) sont protéinés et caloriques : une merveille, facile à stocker (en passant par la case congélation si c'est du non industriel, à cause des possibilités de larves).
  • Un chauffage d'appoint et son stock d'énergie, ou un insert, ou un poêle faisant également office de cuisinière.
  • Une batterie mobile à charger et recharger, quelques lampes frontales, quelques bougies en cas d'IEM.
  • Un camping gaz basique et sa réserve de gaz, ou une cuisinière à gaz déjà en place.

Il existe au moins 1 millier de vidéos qui font la promotion de tout ceci. Sachant que même 3 poulettes et 40 m² de potager demandent un minimum de compétences, et à défaut, de bons livres.

Ce modèle adaptatif est pratiqué naturellement depuis toujours dans les campagnes, et a obtenu ses lettres de noblesse durant la seconde guerre mondiale, alors que la population des villes avait largement augmenté, sans plus pouvoir se sustenter. Je préfère largement voir une famille partir sur ce modèle raisonnable, réaliste et peu coûteux (comptez tout de même sans doute entre 500 et 1.500 euros de dépenses minimum), que de tenter la grande aventure, genre on "change de vie" et on "quitte le système", en omettant toutes les contraintes que cela suppose.

La grande majorité des non citadins peuvent mettre en oeuvre l'ensemble du modèle adaptatif, et une part des citadins peut y arriver avec des astuces, comme le jardin de toit, ou de balcon, et pourquoi pas les poulettes dans une pièce. Si tous les campagnards s'y mettent, ils pourront également prendre en charge leurs familles et ou amis en cas de crise majeure.

L'eau reste un sujet délicat, à stocker potentiellement.

Ce modèle est peu vanté, alors qu'il est simple, mais on ne se fait clairement pas mousser sur youtube avec son potager et ses 3 poules. Pourtant, commençons par là. C'est zéro risque. Restera le problème de la délinquence, mais de toute façon ce sera partout le cas.

3. Le modèle ponctuel

Les bases du survivalisme à l'Américaine, en bunker, avec 1 T de pois-chiches, 25000 boîtes de conserves, et quelques fusils. Ca c'est pour la blagounette, bien que ce modèle subsiste encore, non parce que les Ricains seraient plus fous que les autres, mais parce qu'ils ont été sensibilisés, durant la guerre froide, au risque atomique, ou NRBC en général (Nucléaire Radiologique Biologique Chimique). Du reste, les milliardaires actuels ont souvent "leur bunker" version luxe, et de nombreux pays ont des bunkers, ou les préconisent. La France ne préconise ni n'a rien, et je ne suis pas certaine qu'elle ait raison. Durant les bombarements Iraniens, les Israéliens ont été contents d'avoir des abris.

  • Le modèle ponctuel n'est donc pas pérenne. Le principe est de stocker tout le nécessaire, et d'attendre la fin de la crise.
  • Le modèle ponctuel n'est donc pas éternel, mais rien ne l'étant, il n'est pas idiot, et convient très bien aux situations citadines, notamment.

Hélas, en période de crise, toute personne disposant d'un abri, devra être en mesure, soit de le cacher, soit de le défendre. L'opération "porte ouverte" provoquant sans doute une forme de chaos pour tous. Le mieux étant d'être discret.

Il est sage de stocker, et si tout le monde le faisait, les situations de panique n'existeraient pas. Car nous nous donnerions tous du temps pour réfléchir et organiser la suite. Notamment, par exemple, la reconstruction de flux de secours pour faire venir les denrées et autres biens indispensables. Ou pour remettre en place quelques installations. De fait, ce modèle ponctuel est citoyen et plein de valeur.

Une autonomie, même ponctuelle, peut vous sauver la vie, et celle de vos enfants, de votre famille, voire de vos proches et amis.

La preuve en est que visiblement le gouvernement commence à promouvoir un survivalisme soft, avec ses youtubers sans doute upgradés pour l'occasion, et que l'on sent bien, en les écoutant, qu'ils n'ont que peu d'expérience, mais une source de financement leur permettant une grosse présence sur les réseaux. De fait, cette capacité à une résilience ponctuelle peut tout changer au sein d'un pays. Elle rend bigrement service.

 

Alors, en conclusion, que nous dit cette vidéo ?

Qu'il vaut parfois mieux faire du ponctuel, voire de l'adaptatif, que de l'autonomie lorsqu'on n'est pas absolument sûr de son coup. D'ailleurs, il suffit de regarder les réseaux, et les histoires de plantage commencent à s'accumuler, surtout avec la dégradation climatique, qui met en exergue le moindre bémol de l'affaire. D'ailleurs, signe des temps, les terrains dits de loisir, toujours non constructibles, mais parfois sobrement équipés d'une maisonette, avec un p'tit point d'eau, se vendent de plus en plus cher, pour une cible commerciale qui n'a pas les moyens (très lourds) d'une primo acquisition.

Mais ces fameux terrains de loisirs ne sont pas toujours une bonne idée, lorsqu'on n'a pas consulté l'ensemble des contraintes qui pèsent dessus.

Dans la foule des plans d'action difficiles, l'idée du maraîchage est sans doute l'une des plus délicates. La France importe d'Espagne ou du Maroc des légumes à prix cassés, et les maraîchers Français sont dans l'obligation de produire au prix de vente du marché, à défaut de quoi, leur production leur reste sur les bras. D'autant plus que la clientèle s'est habituée, grâce, ou à cause des hypermarchés, à une offre variée, permanente, voire exotique, et hors saison.

Enfin, la lutte pour l'autonomie ne doit pas devenir une sorte de bible perso, entre le 0% autonome et le 100%, il existe toute une gamme qui sans être parfaite, peut être suffisante.

 

Pour les plus expérimentés d'entre vous, vos apports sont les bienvenus sur les commentaires. et pour les autres, vos questions ou commentaires éventuels.

Je vous embrasse

Bon dimanche

Elizabeth

 

Résilience; Survivalisme; troisième guerre mondiale; Stocks; Autonomie;

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